S'exprimant à l'ouverture d'un colloque organisé par la Société marocaine d'assurance à l'exportation (Smaex) à l'occasion de son 20e anniversaire sur le thème "Nouvelle réglementation bancaire et crise financière : Quel impact sur l'économie marocaine", M. Mezouar a expliqué que l'un des enseignements majeurs à tirer des crises financières est qu'elles "relèvent plus les fragilités qu'elles ne les provoquent".

Et de poursuivre que la leçon à tirer de la crise des subprimes est que "si le pire a pu être évité c'est bien parce que le diagnostic a pu être rapidement établi et ce, grâce à la vigilance des différentes autorités".

Les récentes turbulences financières internationales rappellent que la juste évaluation des risques est "fondamentale pour la solidarité financière", que toute erreur d'appréciation "peut-être fatale même pour les plus grandes économies mondiales" et que l'ouverture "n'apporte pas de gains en termes d'efficacité allocationnelle mais comporte également des dangers dont celui d'+importer+ les risques pris par d'autres pays", a-t-il souligné.

Après avoir noté que la transposition de Bâle II (Accord sur la convergence internationale de la mesure et des normes et de fonds propres) traduit les efforts des pouvoirs publics visant à aligner le secteur bancaire national sur les meilleurs standards internationaux, le ministre a fait part de certaines préoccupations ayant trait, en particulier, au financement de la PME et aux implications de Bâle II sur ces petites et moyennes entreprises, qui constituent l'essentiel du tissu productif et qui sont le lieu par excellence où les retournements de conjoncture s'expriment avec force.

De son côté, Mme Nezha Lahrichi, présidente directrice générale de la Smaex, a indiqué que le thème de cette rencontre est d'une actualité "brûlante", estimant que la nouvelle réglementation bancaire interpelle les différents intervenants car il s'agit d'une crise de liquidités qui se traduit par un rationnement des prêts aux entreprises et une contraction des marchés de crédits.

Elle a ajouté que cette crise "nous oblige à relire un chapitre de l'histoire financière, celui de la dérégulation et de la sophistication", notant que les effets de la crise financière à plus long terme ne peuvent être que positifs, en ce sens que "les Hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise".

Les travaux de ce colloque, animé par un riche panel d'intervenants, se déclinent en deux sessions. La première porte sur "le dispositif de Bâle II et la gestion ciblée des risques : contenu, enjeux et défis pour les entreprises" alors que la seconde est axée sur "Bâle II et la crise financière internationale : Quelle lecture?".

Intervenant lors de la première session, le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a estimé que la crise fait évoluer les systèmes de régulation, mettant l'accent sur l'importance de la mise en place de règles prudentielles en vue de garantir au Maroc une meilleure place sur la scène financière internationale.

Après avoir rappelé les résultats de la campagne de sensibilisation menée par la Banque centrale auprès de 2.000 entreprises dans les différentes régions du Royaume, M. Jouahri a appelé à davantage de transparence financière et mis l'accent sur la bonne gouvernance pour prévenir les crises et leur apporter les réponses appropriées.

Pour sa part, le président directeur général d'Attijariwafa Bank, Mohamed El Kettani, a estimé que la mise en œuvre du nouveau dispositif des fonds propres réglementaires constitue un "véritable challenge" pour les institutions bancaires, compte tenu du degré de sophistication de la réforme Bâle II, de l'importance qu'occupe la gestion des risques au sein des banques et du caractère transversal de la réforme sur l'ensemble des processus bancaires.

Quant au président de la CGEM, My Hafid Elalamy, il a abordé le comportement des entreprises face au nouvel environnement réglementaire, estimant que la nouvelle réglementation bancaire constitue une "opportunité" et une "incitation" pour les entreprises marocaines, notamment les PME, à se renforcer, se structurer et à améliorer leurs performances, leur rentabilité et leur pérennité.

Pour le directeur de la supervision à Bank Al-Maghrib (BAM), Abderrahim Bouazza, les banques en tant que gestionnaires des dépôts, sont dépositaires de la confiance du public et doivent disposer en permanence de fonds propres suffisants pour faire face aux pertes générées par leurs activités.

Le dispositif Bâle II a pour objectif de consolider une stabilité à travers des exigences en fonds propres qui prennent en compte la qualité du portefeuille de crédits avec une sensibilité plus grande aux risques ainsi que le risque opérationnel.

La Banque centrale a fait le choix de structurer son dialogue avec les banques dans le cadre du processus de surveillance prudentielle, a-t-il indiqué, soulignant que la publication d'informations financières fiables permet au marché d'évaluer les risques inhérents à l'activité bancaire.

De son côté, M. Bernard J. Laurens, représentant du Fonds monétaire international (FMI) a imputé la crise financière à la fragilité du système financier international notamment l'incapacité "collective" à apprécier les risques pris par les institutions financières et les implications sur l'économie mondiale d'une réduction "désordonnée" de ces risques.

Il a estimé qu'en dépit d'interventions massives par les banques centrales, les marchés financiers n'ont pas retrouvé un fonctionnement normal, soulignant la nécessité de renforcer les bilans des institutions financières. Il a également plaidé pour une action rapide des superviseurs pour traiter les crises et renforcer la gestion des risques afin de "rassurer" le marché.

Ce colloque vise à identifier les pistes pour répondre à la question centrale : quelles leçons pour le Maroc et quelles perspectives pour son positionnement dans une globalisation financière appelée à fortement maîtrisée?

A travers ce débat la Smaex entend participer aux actions visant à accompagner le développement des entreprises marocaines dans un contexte de globalisation accélérée.

 	 
 source: MAP